Julien Girault - commandant Maxime - Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

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LE COMMANDANT MAXIME, ET BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, et depuis plusieurs années, une recherche d'abord et une polémique ensuite sur la mort du Chef des FTPF du Cher, le commandant "Maxime " de son nom Julien Girault. Quelques pièces à ce dossier douloureux de la Résistance. Et chacun peut envoyer une contribution. cliquer

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Version 2009

 
Les faits :
 
Après le débarquement du 6 juin 1944, les combats se poursuivent et la Résistance entre de plus en plus en action face aux Allemands qui commencent à quitter certaines zones. Avec le nouveau débarquement de Provence, "le départ des troupes allemandes se précipitent, toutes les forces ennemies stationnées dans le Sud-Ouest et le Centre comprennent qu'elles risquent d'être emprisonnées dans la tenaille entre les armées débarquées en Normandie et celle de Provence".
 
A Bourges, c'est un convoi de 40 camions comprenant des femmes allemandes, leurs valises et des objets de toute sorte traversent la ville en se dirigeant vers l'est.
Trois des hommes de la compagnie Chamiot (lieutenant), c'est à dire Auger, Oliveras et Fulon font, comme ils l'avaient fait au 14 juillet flotter un drapeau tricolore sur le monument aux morts, ils déposent une gerbe avant que la Feldgendarmerie n'arrive et jette tout cela dans l'Yèvre toute proche.
 
C'est dans cette ambiance de fin de conflit, mais qui reste tragique que se noue un drame dont l'Histoire n'a pas encore élucidé l'ensemble des faits.
Ce qu'écrit Alain Rafesthain dans "1944 ... Et le Cher fut libéré" ( p248) :
 
" Julien Girault ("Maxime"), commandant départemental des FTP, part visiter ses groupes. A l'exception des assassins, personne ne le reverra vivant et ce n'est que 11 jours plus tard, le 26 août vers 11 heures 30, qu'un jeune berger de 17 ans découvrira son cadavre derrière une haie vive, sur la commune de Saint-Germain-du-Puy, au long de la route de Sancerre, à un kilomètre environ de la route de La Charité".
 
Le spécialiste de cette période poursuit son récit :
 
" La mort remonte à plusieurs jours puisque le corps se trouve dans un état de décomposition avancée ... Le crâne a été défoncé, sur le côté droit, à l'aide d'un instrument contondant ; le poignet gauche est enfermé dans une massenotte de marque "La Policière". L'avant bras droit semble avoir été déchiqueté par un animal..."
 
Ces détails figurent dans le rapport de gendarmerie de l'époque.
 
L'assassinat ne fait aucun doute, mais le mystère demeure total plus de 60 ans après les faits. Julien Girault, qui a donné son nom à une rue de Bourges n'avait que 25 ans.
 
Biographie de Julien Girault :
 
Julien Girault est né le 9 avril 1919 à Crézancy-en-Sancerre, et sa famille est qualifiée de "libres-penseurs" et il va à l'école à Sancerre.
Il fait de bonnes études, puisqu'il prépare le concours à l'Ecole Normale, et il le réussit, entrant en 1937, à cette école à Rouen.
Il en sort trois ans plus tard, et commence sa carrière professionnelle le 1 er octobre 1040, à Malaunay, c'est dans la Seine qui s'appelait alors "inférieure".
Il se marie à cette époque avec Alice Agoyer, qui était du Berry et elle était âgée de 20 ans.
 
Très jeune, dès l'école de Sancerre, il avait adhéré aux Jeunesses communistes.
Lorsque la guerre éclate, Julien Girault, pacifiste, n'est pas mobilisé, il obtient un certificat médical du docteur Menguy de Sancerre, et ... il est réformé.
 
Comme beaucoup de communistes de cette période, il commence par le refus de la Guerre, et dès le mois de septembre 1939, il est de ceux qui placardent avec des tracts des panneaux avec les slogans du type " A bas la guerre capitaliste", ou "cette guerre ne nous concerne pas".
Il s'agit de l'attitude alors courante des jeunes communistes, comme ce fut le cas de Guy Môquet.
Il va évoluer très vite, et dès l'année 1940, avec l'arrivée des Allemands, il distribue des tracts anti-nazis, à Rouen alors qu'il termine ses études à l'Ecole Normale.
 
C'est le 1 er octobre 1941 que Julien Girault est muté dans son Cher natal et il se retrouve à Jouet-sur-l'Aubois.
 
C'est alors qu'il prend contact avec le premier Résistant communiste, Marcel Cherrier, qui sera l'organisateur de la Résistance dans le Cher. Il verra aussi le jeune Roland Champenier.
En 1941, Girault adhère au Front National, le nom d'un mouvement d'obédience communiste.
 
Il commence alors "sa" Résistance, avec son épouse Alice, prenant beaucoup de risques, il rédige des tracts anti-nazis, les livre à bicyclette, les lance ou les dépose, un travail particulièrement dangereux.
 
Pour ce jeune homme, il faut, avec de très faibles moyens "faire prendre conscience qu'il existe une autre attitude possible que celle de la soumission à l'occupant".
 
A la rentré de 1942, le 1 er octobre, Julien Girault est nommé à Ignol. Il se retrouve dans un réseau formé essentiellement d'instituteurs, avec Fernand Sochet, comme responsable de l'organisation du Front National chargé du service de renseignements des FTP.
 
Il diffuse la presse clandestine, avec quelques autres résistants comme Raymonde Sochet, Bernard Dutout et Maurice Pinson.
Il faut noter qu'à Ignol se trouve aussi le sénateur radical Marcel Plaisant qui présidera plus tard, le CDL, Comité Départemental de Libération. Et il semble que ces deux hommes, résistants n'aient pas eu de contacts particuliers, sinon des relations normales entre un élu et un instituteur habitant le même village.
 
Juilen Girault commence en 1942 et 43 quelques opérations de sabotage sur le ligne de chemin de fer Bourges - Saincaize.
Puis son action concerne aussi la fourniture de faux papiers qu'il se procure dans les mairies du Cher.(juillet 1943).
Il obtient un certificat de complaisance au début de 1944, et obtient de l'Inspection Académique un congé qui lui permet d'entrer totalement dans la Résistance sous le nom de "Maxime".
 
Il va alors faire du recrutement, et c'est très efficace, même si les chiffres varient de quelques centaines , à 2000 pour les plus optimistes.
Il devra, pour "payer" ses combattants utiliser toutes les formes d'actions , et les origines de ces fonds, sont divers, de la prise de guerre à la collecte en passant par le système D et même le hold up dans les caisses publiques des bureaux de postes (Torteron, Montigny ... ).
 
"Maxime" devient un véritable chef, il est minutieux et efficace, et possède de vrais talents d'organisateur.
Il se déplace beaucoup dans tout le département à l'aide de sa motocyclette.
 
Dans son action dans la Résistance, Julien Girault va créer en juin 1944, un journal "En Avant", journal clandestin qui sera diffusé dans tout le département à partir d'Ignol.
C'est donc un résistant de la première heure, et d'une grande efficacité qui meurt vers le 15 août 1944, assassiné.
 

 
Ce qu'écrit le Commandant Colomb sur "Maxime " :
 
Ce document a a été écrit par Colomb, commandant des FFI du Cher (document écrit en 1946) :
 
"Un de mes premiers soucis, dès que me fut confié la tâche de constituer les FFI dans le Cher-Nord, avait été d'entrer en contact avec les dirigeants FTP.
Au début de mai, (1944) par l'intermédiaire de "Daniel", je pus ainsi rencontrer un des principaux "responsables militaires" de ce mouvement dans le Cher, qui se faisait nommer "Maxime". Par la suite je devais continuer à le rencontrer environ une fois par semaine jusqu'à la fin de juillet.
Malgré la multiplicité de ces contacts, le problème de l'intégration des FTP du Cher-Nord dans les FFI ne fut malheureusement pas résolu....
J'avais proposé à "Maxime" de réserver à des représentants FTP deux places dans l'état major départemental et deux postes de chef de secteur sur les cinq que j'envisageais de créer dans le département.
Mon intention avait été de confier ainsi aux FTP, le commandement des secteurs de Bourges et de Vierzon, où je n'avais pas encore pris contact avec "Robin" ni avec "Stag".
"
 
Et le texte poursuit ainsi :
 
" Tout d'abord "Maxime" ne fut probablement pas entièrement convaincu, au début, de la validité de mes pouvoirs.de commandant départemental...
Une fraction importante des FTP montraient pour le moins de la répugnance à s'intégrer dans les FFI et désirait vivement conserver une forme particulière à leur organisation".
Ce qui est écrit par Marcel Cherrier
 
dans le livre écrit avec Michel Pigenet :
 
"Maxime" est, depuis le 19 juin, en contact régulier avec le commandant "Colomb". Au cours des rencontres, le ton monte souvent. "Colomb" fort de ses appuis londoniens, exige que tous les groupes soient sous son autorité absolue. Diverses manoeuvres tendant à isoler "Maxime" du reste des FTP sont déjouées par celui-ci.
Le 12 août 1944, de retour d'une réunion particulièrement orageuse, "Maxime", après avoir dénoncé les nombreuses promesses jamais tenus, écrit " : cet état de choses est profondément dégoûtant". Toutefois, les relations ne sont pas totalement rompues puisque le FTP Jean Baptiste Magnon est nommé délégué auprès de l'Etat Major des FFI.
Cependant, ça et là, des rumeurs circulent tendant à écarter les FTP des FFI."
 
 

Le livre de Gilbert MOREUX apporte des éléments nouveaux sur la mort de Julien Girault, dit "Maxime" à Saint Germain du Puy :
 
Dans cet ouvrage intitulé "Le secret d'Alice", l'auteur remet en cause l'histoire dite officielle qui affirme que Julien Girault, alors chef des FTP du Cher a été assassiné à la mi-août 1944 (son corps a été retrouvé le 26 août) par les Allemands.
Or, une enquête approfondie montre dans cet ouvrage, en résumé, que "Maxime", qui était un communiste, était devenu gênant pour beaucoup de monde, à l'intérieure même de la Résistance. C'était le moment, en cette mi-août 1944, de l'unification sur le terrain des différents mouvements de résistance du Cher, en particulier des FFI de Colomb et Magnon et des FTP de Maxime.
 
Sur un plan plus général et plus global; c'est à ce moment que de Gaulle veut unifier et avoir sous sa coupe tous les mouvements de Résistance, y compris ceux des FTP, souvent sous obédience communiste, à l'opposée ou presque, Staline et les "politiques" communistes ne veulent pas que les Résistants communistes aillent trop vite, afin de ne pas donner le champ libre à De Gaule, par rapport aux Russes qui arrivent de l'Est et sont en Allemagne.
Localement, ce n'est pas l'entente cordiale entre les différents groupes de Résistants, le litige porte essentiellement sur les armes qui sont envoyées par Londres. Ces armes arrivent de manière importante chez les groupes FFI du Cher, alors que les FTP n'en reçoivent très peu.
Que s'est-il passé pour le commandant "Maxime" ?
Selon Gilbert Moreux, c'est un assassinat par des personnes des FFI pour lesquels, ce chef local était le seul qui ne voulait pas de réunion des groupes FTP qu'il commandait avec les FFI. Il y avait eu pourtant un accord entre les principaux chefs des FFI (dont Colomb) et ... les chefs politiques du parti communiste dont l'auteur ne donne pas les noms faute de preuves, passant au-dessus des chefs militaires comme Maxime.
C'est ainsi que Maxime était devenu gênant pour beaucoup et à cette époque, très dure, il n'y avait pas beaucoup de place pour les sentiments. Maxime va être assassiné à la suite d'une réunion des principaux chefs locaux à Saint Germain du Puy, dans la soirée du 15 août 1944.
 
Maxime aurait donc, selon cette thèse, été assassiné par un accord entre le parti communiste, "les staliniens" dit l'auteur et les Résistants de la France libre de De Gaulle.
Les Allemands et la milice n'y seraient pour rien.
 
Le livre de Gilbert Moreux est passionnant, et permet de mieux comprendre cette période tragique.
 
La vérité est aujourd'hui à deux pas, mais il manque une révélation d'un des auteurs de cette période. Si Pierre Jacquet va donner 30 ans plus tard plusieurs éléments, dont celui de dire "que Maxime n'a pas été tué par les Allemands ou la Milice", mais sans donner le nom de l'assassin ni les commanditaires.
 
texte: Merci pour la citation de
"Le secret d\'Alice" dont nous avons assuré l'édition. vous pouvez rejoindre ce livre sur http://www.aaz-editions.eu/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=8&Itemid=63.
nom: Jean-Baptiste Luron
 

Bien entendu, ce courrier et le livre n'ont pas laissé insensibles les Résistants qui oeuvrent aujourd'hui dans le Comité Départemental de le Résistance.
Et nous publions ces lignes de M. Maurice Renaudat ( 27 octobre 2009) :
 
M. Maurice Renaudat évoque cette mort du commandant "Maxime" ( 27 octobre 2009) :
 
"Revenons à la mort du Commandant Maxime dont Moreux affirme sans la moindre preuve qu'il fut victime d'une complicité entre résistants gaullistes et militants communistes "staliniens" s'entendant par-dessus la tête de Maxime qui refusait de mettre les FTPF sous les ordres du Commandant Colomb. Qui était responsable communiste à l'époque ? Marcel Cherrier. Or Marcel Cherrier m'a dit lors du 20 ième anniversaire de la Libération de Bourges (en 1964) qu'il venait de serrer la main de Colomb pour la première fois, ce dernier l'ayant toujours ignoré !
 
Que Maxime ait gêné, c'est possible. Et d'abord les collabos ! Il y en avait qui s'étaient infiltrés dans la Résistance pour voler au secours de la victoire et surtout se donner bonne conscience. Il y avait aussi, c'était souvent les mêmes, des anti-communistes qui avaient une peur bleue que le PC prenne le pouvoir.
Pourquoi l'a-t-on tué ? Et qui ?
 
Je n'ai jamais entendu Pierre Jacquet affirmer que Maxime "n'avait pas été tué par les Allemands ou la Milice", ni dire qu'il connaissait le nom de son assassin. Il m'a souvent raconté qu'il avait accompagné Maxime ce 15 août 1944 à une réunion de l'Etat Major FFI du Cher-Nord réuni clandestinement dans un bois sur la route des Aix d'Angillon. Ils sont revenus ensemble, à bicyclette, jusqu'à la route de La Charité où ils se sont séparés.
 
Après la Libération, les FTPF ont appris qu'un sous-lieutenant FFI vierzonnais du nom de Girardot se vantait d'avoir liquidé le chef des communistes. Arrêté par les FTP, il aurait reconnu être l'auteur de la mort de Maxime. Comment ces aveux on,t-ils été obtenus ? Sont-ils réels ? Je l'ignore. Girardot, considéré par ses amis comme un résistant valeureux, fut exécuté par les FTP qui jetèrent son corps, avec celui de collabos, dans les puits du Patouillet , près de Saint-Florent-sur-Cher.
Après la découverte des corps en 1949, trois FTP furent inculpés du meurtre de Girardot. Le tribunal militaire de Lyon leur accorda un non-lieu le 10 juin 1954.
 
Dans le but de mettre un terme à ces poursuites, les anciens résistants : Rossignol (Vengeance), Caron (Président d'honneur des Anciens du Maquis), Deschamps (Anciens du Maquis) Belleray (FTPF), Marcel Cherrier (ex président du Comité" départemental de Libération) avaient signé le 12 mai 1954 un texte rendant hommage à la mémoire du Commandant Maxime et à celle du lieutenant Girardot et demandant de mettre fin à l'action en cours contre les trois FTP inquiétés dans cette affaire, étant donné qu'ils avaient agi sur ordre et persuadés de le faire dans l'intérêt de la Résistance.
 
Voilà ce qu'on connaît sur la mort du Commandant Maxime, le reste n'étant que spéculations ne reposant sur rien."
 
signé : Maurice Renaudat.
 
A SUIVRE

 

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